La BNS en terrain uncharté : un taux directeur à zéro, quelle stratégie maintenant ?
Mercredi 19 juin, la Banque nationale suisse (BNS) franchissait un seuil symbolique en ramenant son taux directeur à zéro. Un niveau rarement atteint par une grande banque centrale occidentale, qui place l’institution suisse dans une position délicate : comment continuer à assouplir la monnaie quand on a épuisé le principal outil des taux nominaux ?
Cette décision intervient au terme d’un cycle de baisses entamé en mars 2024. La BNS, qui avait été la première grande banque centrale à inaugurer cette trajectoire baissière, tire les conséquences de l’inflation maîtrisée et du contexte macroéconomique morose qui pèse sur les entrepreneurs suisses. Selon les derniers sondages, la confiance des petites et moyennes entreprises helvétiques s’effondre, atteignant des niveaux de pessimisme inédits depuis 2021.
Un franc qui s’apprécie, malgré le taux zéro
Paradoxalement, la baisse des taux n’enraye pas l’ascension du franc suisse. Depuis les annonces protectionnistes des États-Unis et face aux turbulences géopolitiques mondiales, les investisseurs se ruent vers le franc, perçu comme valeur refuge. Ce phénomène d’appréciation de la monnaie complique davantage la vie des exportateurs suisses, déjà fragilisés par les incertitudes commerciales internationales.
La BNS a clairement indiqué que toute nouvelle baisse du taux ne serait pas une décision à prendre à la légère. Cela signifie qu’elle devrait, si nécessaire, recourir à des outils plus exotiques : interventions massives sur les changes, achats d’actifs ou autres mesures de politique monétaire dite non-conventionnelle.
Quel avenir pour l’économie romande ?
Pour la région genevoise et l’ensemble de la Suisse romande, cette situation crée une tension entre deux objectifs apparemment contradictoires. D’un côté, la BNS doit soutenir l’économie réelle, frappée par un dynamisme atone et une croissance que les analystes situent autour de 1,1% pour 2026. De l’autre, elle ne peut ignorer le risque d’une appréciation excessive du franc, qui étrangle les secteurs orientés à l’export : chimie, pharmaceutique, horlogerie.
Les mois à venir seront décisifs. La banque centrale helvétique navigue en eaux troublées : pas de taux à baisser, un franc qui monte malgré tout, et une économie mondiale semée d’embûches. La réunion suivante de septembre déterminera si Berne osera franchir les portes de la politique monétaire non-conventionnelle.
