EasyJet rachetée par Castlelake : un séisme qui menace Genève

wpbot_image_wzOr2C

La compagnie aérienne britannique EasyJet a annoncé un accord de principe pour être rachetée par Castlelake, une société d’investissement américaine, qui valoriserait l’entreprise à plus de 5 milliards de livres sterling (5,4 milliards de francs). Cette annonce soulève des questions majeures pour Genève, où la compagnie orange joue un rôle stratégique depuis des décennies.

EasyJet est la compagnie numéro 1 sur les tarmacs de Genève et de Bâle, notamment avec sa filiale EasyJet Switzerland qui emploie 1100 personnes et exploite 31 des 356 avions de la flotte. Pour le trafic aérien régional, ces chiffres parlent d’eux-mêmes : EasyJet représentait 46% du trafic à l’aéroport de Genève-Cointrin en 2025. Autrement dit, près d’un vol sur deux à Cointrin porte les couleurs du low-cost britannique.

Mais ce rachat n’est pas encore finalisé. Castlelake a un délai repoussé au 3 août pour formuler une offre ferme. EasyJet avait rejeté les quatre premières propositions de Castlelake, la troisième ayant été jugée « hautement opportuniste, formulée dans le contexte d’un cours de l’action EasyJet temporairement déprimé » en raison de la situation au Moyen-Orient.

L’inquiétude des observateurs

La perspective soulève des préoccupations concrètes. Certains observateurs redoutent un démantèlement de la compagnie afin de maximiser la valeur de ses actifs, notamment ses précieux créneaux de décollage et d’atterrissage dans les grands aéroports européens. Les créneaux d’atterrissage d’EasyJet à Londres-Gatwick, Paris-Charles-de-Gaulle ou Genève constituent des actifs précieux que Castlelake pourrait être tenté de monétiser, soit en les cédant à d’autres compagnies, soit en concentrant l’exploitation sur les lignes les plus rentables, risquant d’abandonner les destinations secondaires ou les routes moins fréquentées.

Pour les passagers de la région lémanique, les conséquences pourraient être sévères. Une source de l’Autorité européenne de la concurrence a déclaré que la disparition d’EasyJet se traduirait par une liberté de circulation considérablement réduite et un impact négatif sur les prix des billets. En passant entre les mains d’un investisseur étranger, EasyJet pourrait voir son réseau de lignes, ses horaires, ses prix ou encore son service évoluer.

Ce que promettent les acquéreurs

Castlelake tente de rassurer. Le fonds américain a souligné son « profond respect » pour EasyJet et « son intention de soutenir sa croissance future et sa transformation en une compagnie aérienne européenne plus solide ». Castlelake soutient le programme de modernisation de la flotte d’EasyJet, qu’il considère comme central pour la compétitivité, l’efficacité et les objectifs de durabilité à long terme.

Cependant, les promesses de restructuration n’apaisent guère les craintes. Selon Cord Schellenberg, expert du monde de l’aviation, toute acquisition engendre inévitablement des tensions au sein de l’entreprise cible et, par conséquent, des perturbations sur le marché.

Un moment charnière pour la région

Pour Genève et la Suisse romande, les semaines à venir s’annoncent déterminantes. L’issue de cette bataille d’acquisition tracera les contours de l’offre aérienne régionale pour des années. Genève, hub international depuis longtemps, verrait son accès aérien réduit si EasyJet disparaissait ou se concentrait sur ses routes rentables. Les habitants et les entreprises doivent suivre de près les développements jusqu’au 3 août, date limite fixée pour la concrétisation de l’offre.