Genève face au scandale de ses embauches : la Cour des comptes épingle une culture du copinage administratif

wpbot_image_oSYon5

Genève présente des faiblesses dans ses processus de recrutement, selon l’audit de la Cour des comptes sur les ressources humaines de la Ville, présenté mardi 27 octobre. Dans plus d’un dossier sur deux, le choix du candidat n’est pas justifié. Un résultat qui ravive les critiques sur la gouvernance de la capitale genevoise et pose la question centrale de l’égalité d’accès aux emplois publics.

Copinage ou flou administratif ?

Le rapport épingle les choix injustifiés, les postes réservés d’avance et l’implication de magistrats, tandis que plusieurs failles avaient déjà été signalées il y a 16 ans. Ce n’est donc pas une première alerte : la Ville connaît ce problème depuis au moins une décennie et demie. Interrogé sur la défense de sa gestion, le conseiller administratif Alfonso Gomez accepte les recommandations mais dénonce des formulations biaisées.

La teneur du reproche ne porte pas uniquement sur des cas isolés de favoritisme, mais sur une systématique : une majorité des sélections ne s’accompagnent pas de justifications suffisantes. Cela pose un enjeu de culture administrative. Comment une municipalité peut-elle prétendre à la modernité et à la responsabilité publique si ses processus de sélection échappent à la transparence ?

Des recommandations acceptées, mais tardives

Seize recommandations avaient déjà été émises; la Ville dit en avoir mis en œuvre quatorze ou quinze, plus ou moins rapidement, et a demandé un rapport sur celles qui ne l’ont pas été. La Ville accepte désormais neuf recommandations de la Cour sur ses embauches, portant sur la durée des procédures, la gestion des liens d’intérêts et les mises au concours internes.

Ce volte-face institutionnel traduit l’ampleur du malaise. Accepter les critiques après un audit public, c’est reconnaître implicitement des dysfonctionnements réels. La Ville précise qu’aucune personne concernée ne travaille plus en Ville et que l’affaire est close, mais la fermeture administrative de dossiers ne suffit pas à restaurer la confiance.

Un symptôme plus large

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large : Genève traverse une série de turbulences institutionnelles. Entre les coupes budgétaires dans la culture, les tensions autour de l’intelligence artificielle, les débats sur la fonction publique, la capitale romande tâtonne pour redéfinir son modèle urbain et administratif.

L’enjeu n’est pas simplement de corriger un processus d’embauche, mais de restaurer la légitimité d’une administration qui doit incarner l’égalité et la transparence. Les recommandations de la Cour des comptes sont des pas, mais la Ville devra prouver par l’action que ces défaillances appartiennent vraiment au passé.