L’IA mondiale à Genève : plus de 12 000 participants pour redéfinir les règles du jeu

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Le Palexpo a vibré au rythme de l’intelligence artificielle cette semaine. Plus de 12 000 participants venus de 170 pays se sont pressés au sommet AI for Good Global Summit, qui s’est déroulé du 7 au 10 juillet. L’événement a battu tous les records de fréquentation depuis son lancement en 2017, témoignant d’une prise de conscience planétaire : la technologie progresse plus vite que la capacité des États à la réguler.

Pour Genève, cette édition 2026 revêt une portée particulière. La ville héberge déjà le siège d’organisations internationales majeures : ONU, OMC, Croix-Rouge. Elle cultive depuis plusieurs années une expertise reconnie en gouvernance numérique. Cette semaine, elle a accueilli le premier Dialogue global de l’ONU sur la gouvernance de l’IA, avec 193 pays autour de la table. Un signal fort que la Suisse, en particulier sa région lémanique, s’impose comme l’arène de référence pour négocier l’avenir technologique.

De la salle de conférence à l’exposition

Sur les stands, le futur prenait forme tangible. Des robots humanoides côtoyaient des prothèses robotiques pilotées par l’IA. Robert, construit par RB Labs, une entreprise basée à Genève même, attirait la curiosité. Ling Xi, une prothèse de chien robotisé, incarnait une autre facette de la technologie : l’accessibilité et le bien-être. Des deepfakes affichaient tour à tour les visages de Mark Zuckerberg et Barack Obama, questions éthiques matérialisées.

Cette juxtaposition ne devait rien au hasard. Le sommet s’intitule « AI for Good » (l’IA pour le bien), refusant de céder au techno-pessimisme ou à l’apologie naïve. Les débats ont porté sur des applications concrètes : santé, éducation, sécurité alimentaire, réduction des risques climatiques. Une compétition internationale, organisée avec le soutien de la Chine, a récompensé des solutions d’IA pour la surveillance agricole, l’analyse de la qualité de l’eau et la cartographie des îlots de chaleur urbains. Au moins, disait implicitement le message, cette puissance technologique peut servir l’humanité.

Gouvernance et coopération

Les déclarations officielles ont martelé le même leitmotiv : la nécessité d’une coopération mondiale. Doreen Bogdan-Martin, secrétaire générale de l’Union internationale des télécommunications qui copilote l’événement aux côtés du gouvernement suisse et de plus de 50 organismes de l’ONU, a insisté sur le passage « de la conversation à l’action centrée sur les gens ». La Chine a appelé à une gouvernance plus robuste et inclusive. Les ministres se sont succédé aux pupitres pour ne pas laisser le secteur privé imposer seul sa vision.

C’est un équilibre délicat. Génération après génération de technologues, d’entrepreneurs et de chercheurs connus internationalement occupaient la scène : Yoshua Bengio (Université de Montréal), Marc Benioff (Salesforce), Maria Ressa (journaliste et cofondatrice de Rappler). John Legend, l’artiste américain, y a côtoyé des diplomates. Cet étrange mélange reflète la nature même du défi : les questions soulevées par l’IA dépassent les frontières entre secteurs publics et privés, entre science et politique.

Genève face à une responsabilité croissante

Quatre jours de débats ne règlent rien définitivement. L’IA continue de progresser, les gouvernements peinent à comprendre la technologie, les régulations nationales restent fragmentées. Mais cet événement, par son envergure et son ambition, renforce Genève dans son rôle de médiatrice globale. La ville a déjà amorcé cette trajectoire : elle cible le leadership mondial en gouvernance de l’IA à l’horizon 2027, selon des déclarations antérieures du canton.

Cette responsabilité a un prix. Accueillir les débats du futur technologique, c’est se poser la question de savoir si Genève dispose vraiment des ressources, de l’expertise en cascade, et des espaces de travail pour qu’une telle ambition prenne racine au-delà des jours de sommet. La fin de cet événement marque à la fois un succès d’image et un point de départ : les vrais enjeux attendent dans les coulisses politiques et réglementaires nationales et internationales.