Genève en pleine débâcle : 17,3% de ses jeunes diplômés en économie restent sans emploi

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Un an après leur master en économie, 17,3% des diplômés genevois sont sans emploi, contre 13,7% à Lausanne et seulement 2,7% à Saint-Gall. Ce chiffre, publié cette semaine, illustre une réalité désormais incontournable : même les plus qualifiés peinent à se faire une place sur le marché genevois du travail. Genève, autrefois locomotive économique de la région, se retrouve lanterne rouge en Suisse pour l’insertion professionnelle de ses jeunes diplômés.

L’IA et l’incertitude économique paralysent les embauches

Les causes de ce phénomène sont multiples et structurelles. Les entreprises évoluent dans un climat économique incertain et cherchent à réduire leurs coûts. Parallèlement, l’intelligence artificielle commence à remplacer certaines tâches traditionnellement confiées aux jeunes diplômés, notamment dans l’analyse, la comptabilité ou le marketing. Les postes d’entrée dans la vie professionnelle seraient ainsi particulièrement sous pression.

Les institutions tempèrent, mais tardivement

Cette crise du premier emploi révèle une fragile contradiction chez les institutions genevoises. L’Université de Genève reconnaît que la hausse du chômage doit être prise au sérieux, mais appelle à ne pas tirer de conclusions trop rapides. Prudence louable, mais qui peut paraître insuffisante face à l’urgence. L’UNIGE insiste sur le fait que l’IA transforme certes le marché du travail, mais « cela ne signifie pas nécessairement une diminution du nombre d’emplois ». De nouveaux métiers pourraient également apparaître.

Néanmoins, les observateurs du marché du travail demeurent plus critiques sur les responsabilités des institutions d’enseignement et des étudiants eux-mêmes. Pour l’économiste de l’éducation Stefan Wolter, les universités comme les étudiants doivent cependant revoir leur approche. Après 25 années marquées principalement par une conjoncture favorable, une certaine « inertie » se serait installée. Selon lui, les étudiants devraient réfléchir à leurs débouchés professionnels dès le début de leurs études et non une fois leur master en poche.

Les ponts manquent entre formation et emploi

Pour l’UNIGE, le défi consiste surtout à « renforcer les ponts entre la formation et le monde professionnel ». Une ambition qui demeure lointaine tant que des écarts aussi criants persisteront entre Genève et ses rivales romandes. Ce taux de chômage de 17,3% parmi les jeunes économistes genevois n’est pas qu’un chiffre : c’est le symptôme d’une mutation économique que la capitale genevoise tarde à orchestrer.

Les récents débats sur l’austérité au Conseil d’État, les licenciements chez Skyguide, la précarité montante des cols blancs : tous ces éléments tissent une toile où même la formation d’excellence ne garantit plus l’accès à un emploi stable. La question se pose désormais crûment : Genève, cité de la finance, du droit international et de la recherche, peut-elle encore se targuer d’être un pôle d’excellence pour former ses citoyens, quand ceux-ci se retrouvent à quêter un emploi ailleurs en Suisse ?