Rue de Carouge en chantier: les petits commerces à la peine face à des mois de travaux
La rue de Carouge, en chantier depuis début 2025, voit la baisse de fréquentation de ses magasins, l’association des commerçants estimant que près de la moitié des négoces sont menacés. Cette situation révèle les fragilités d’une rue emblématique de Genève, où le tissu commercial fragile craque sous le poids des perturbations générées par les travaux de réaménagement.
L’été sera particulièrement critique. Une nouvelle étape du chantier de réaménagement de la rue de Carouge aura lieu durant l’été en Ville de Genève, avec une interruption du tram mais des navettes organisées sur le réseau TPG. Pour les commerçants déjà fragilisés par dix-huit mois de désorganisation, cette intensification des travaux signifie une baisse supplémentaire des passages piétons, une perte de visibilité et des déplacements clients toujours plus compliqués.
Un écosystème commercial sous tension
La rue de Carouge n’est pas une artère commerciale comme les autres. Entre galeries d’art, petits restaurants, boutiques de décoration et magasins de proximité, elle incarne une certaine identité genevoise faite de diversité culturelle et de commerce de détail indépendant. Mais cet équilibre est précaire. Les gros investisseurs ne s’y précipitent pas, les loyers restent élevés, et la concurrence du e-commerce gruffe chaque année un peu plus cette base commerciale déjà étroite.
Quand les pelles mécaniques arrivent sur le pavé, c’est toute cette alchimie qui se dérègle. Le client qui avait l’habitude de passer le samedi matin changer de trottoir, contourner les barrières, éviter les bruits de percage. Certains renoncent et vont ailleurs. Les petits commerces, privés de cette clientèle de proximité, voient leur chiffre d’affaires s’effondrer. Pour les plus fragiles financièrement, c’est l’asphyxie.
Quand l’urbain se réinvente, qui reste de côté?
Les réaménagements urbains sont souvent présentés comme des investissements pour le long terme, une modernisation censée redonner vie à une artère. C’est vrai. Mais le coût social et commercial de la transition est souvent oublié ou minimisé. Pendant dix-huit mois, dix-huit mois, les commerçants supportent les perturbations sans aide suffisante. Quand le chantier se termine, certains auront fermé. La continuité du tissu commercial sera cassée.
Il existe des réponses : aménagement du chantier pour préserver l’accès pédestre, horaires de travaux délimités, aides financières ciblées vers les petits commerces, coordination avec les événements et fermetures estivales. Montréal a expérimenté des “corridors vitaux” lors de grands chantiers. Zurich aide les commerçants à financer du marketing alternatif pendant les travaux. Ici, à Genève, le débat reste trop souvent technique et manque d’empathie commerciale.
La rue de Carouge devrait rester une rue de caractère, pas devenir un couloir vide aux façades repeintes. Cela dépendra de la capacité de la Ville à protéger, dès maintenant, ceux qui y vivent et y font commerce.
