Gratuitité des TPG pour les jeunes : un an après, l’EPFL mesure l’engouement des Genevois
Le pari du canton de Genève semble avoir porté ses fruits. Depuis plus d’un an, l’État finance les abonnements de bus des jeunes qui étudient ou travaillent sur le territoire genevois, une mesure sans équivalent en Suisse romande. Passée un peu inaperçue dans les débats publics, elle commence enfin à livrer ses premières conclusions chiffrées.
Un groupe de chercheurs de l’EPFL a publié ses résultats sur l’analyse de cette mesure la semaine dernière. Le verdict est clair : il y a un fort enthousiasme pour les transports publics chez les bénéficiaires qui n’étaient pas abonnés auparavant. Concrètement, cela signifie que la gratuité a non seulement séduit ceux qui hésitaient à utiliser le bus, mais qu’elle a aussi transformé leur rapport à la mobilité urbaine.
Au-delà des chiffres, un changement de paradigme
Cette étude revêt une importance politique et sociale particulière pour la région. Genève traverse depuis deux ans une phase d’ajustements économiques : chômage en hausse, tensions dans l’horlogerie, précarité croissante des cols blancs. Dans ce contexte, les politiques publiques qui ciblent les jeunes générations portent davantage de poids qu’ailleurs. La mesure de gratuité des TPG s’inscrit dans cette logique de soutien à la mobilité sociale et professionnelle des jeunes Genevois.
Les résultats de l’EPFL suggèrent que l’investissement public a atteint au moins un de ses objectifs : réduire les barrières financières à la circulation. En libérant les jeunes des coûts de transport, le canton lève un frein concret à la mobilité professionnelle et à l’accès aux formations. C’est particulièrement pertinent alors que un an après leur master en économie, 17,3% des diplômés genevois sont sans emploi, un taux bien supérieur à celui d’autres villes suisses.
Une politique qui questionne le modèle genevois
Cette initiative soulève toutefois des questions plus larges sur le modèle économique genevois. Si les TPG doivent faciliter l’employabilité des jeunes, c’est que quelque chose ne fonctionne pas dans la chaîne traditionnelle emploi-formation. La gratuité du transport est une béquille utile, mais elle ne résout pas les enjeux structurels : insuffisance de postes d’entrée adaptés aux jeunes diplômés, transformation des métiers par l’IA, mutations dans les secteurs clés comme l’horlogerie.
Néanmoins, les données de l’EPFL offrent un premier succès mesurable à l’État cantonal. Elles valident aussi le pari de miser sur des politiques inclusives et accessibles, une direction que les Genevois auront l’occasion de trancher à nouveau lors des scrutins à venir, notamment sur des enjeux de fiscalité et de prestations publiques.
L’étude ne détaille pas encore les impacts sur les taux d’emploi ou de réussite académique à long terme. Mais pour une première année, le signal est positif : les jeunes Genevois ont adopté massivement cette opportunité, transformant la gratuitité en pont vers plus de liberté de mouvement et de choix professionnels.
