Chômage en romande : la croissance qui ne crée pas d’emplois
Le chômage en Suisse romande a atteint 4,3% en septembre 2026, contre 3% au niveau national, creusant davantage le fossé entre la région et le reste de la Suisse. Cette divergence révèle des fragilités cachées sous le vernis de la résilience économique régionale, un contraste saisissant alors que le produit intérieur brut romand devrait progresser de 1,9% en 2026, après une hausse de 2,2% en 2025.
À première vue, les chiffres rassurent. Malgré un environnement international marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes commerciales, l’économie romande fait preuve de résistance. Pourtant, ce repli de la croissance régionale s’accompagne d’une dégradation du marché du travail inexplicable à première vue : comment la région peut-elle enregistrer une croissance supérieure à la moyenne nationale tout en affichant un taux de chômage structurellement plus élevé ?
Une économie exportatrice hypersensible aux chocs
La réponse réside dans la nature même du modèle économique romand. Les exportations de biens représentent l’équivalent de 48% de son PIB, contre 45% pour l’ensemble de la Suisse. Cette dépendance accrue aux marchés mondiaux crée une économie hypersensible aux chocs externes. Quand la demande mondiale fléchit, c’est d’abord en romande que les effets se font sentir sur l’emploi.
Les secteurs clés de la région, notamment la pharmacie, les machines, l’optique et les banques privées, affichent une productivité remarquable mais absorbent relativement peu de main-d’œuvre. Le schéma est classique : une région qui crée de la valeur, mais pas nécessairement des emplois à la hauteur de ses ambitions de plein-emploi.
La productivité sans l’emploi
L’inflation s’établissait à 1% en septembre 2026, ce qui devrait théoriquement favoriser l’embauche. Or il n’en est rien. Plusieurs explications émergent : les entreprises hésitent à recruter face à l’incertitude commerciale mondiale, la formation professionnelle peine à aligner ses sorties avec les besoins du marché, et la transition technologique laisse certains profils sur le carreau.
La question devient stratégique pour la politique régionale. La Suisse romande peut compter sur des pôles d’innovation performants, des hautes écoles reconnues et un tissu économique diversifié. Sa stabilité politique, sa sécurité juridique et la qualité de ses infrastructures constituent également des avantages importants. Mais ces atouts, qui font la fierté régionale, ne suffisent manifestement pas à maintenir un marché du travail dynamique.
Un diagnostic régional urgent
Le diagnostic que posera la Rencontre romande entre l’économie et la politique, actuellement en cours cette semaine, sera donc décisif. Face à les tensions géopolitiques et le protectionnisme qui renforcent les enjeux de sécurité économique, les décideurs romands doivent repenser leur stratégie employabilité : comment transformer la richesse créée par l’export en véritable création d’emplois ? Comment irriguer l’ensemble du tissu social sans cantonner la prospérité aux sommets de l’économie ? Ces questions ne souffrent plus de délai.
